ORIGINES DE LA VISITATION DE CELLES
A l'instar de la grande majorité des communes belges, Celles se trouvait, en 1836 totalement démunie d'institut d'enseignement pour jeunes filles. Une situation que déplorait le curé de l'époque, Mr le doye, DUBOIS. Ce dernier allait entrer en contact avec l'Institut de la Sainte-Union à Kain, lorsqu'il rencontra un respectable vieillard, Monsieur DELEPLANQUE, qui lui conseilla de s'informer auprès de Sœurs de la Visitation de Gand, à sa fille Sabine oeuvrait au service du Seigneur. Monsieur DELEPLANQUE promit en outre d'intervenir dans les frais si cette dernière pouvait venir à Celles.
Monseigneur LABIS, évêque de Tournai, et Monseigneur BRACQ, évêque de Gand, marquèrent immédiatement leur accord pour cet arrangement.
C'est ainsi qu'après trois semaines de réflexion, Sabine DELEPLANQUE, devenue sœur Marie Augustine, arrive à Celles avec la mission de former des jeunes filles dans l'esprit de la Règle de Saint François de Sales : c'est-à-dire, en mettant en exergue l'amour à travers chacune des actions de la vie quotidienne. Une règle qui se définit volontairement comme moins austère que d'autres, afin de pouvoir s'appliquer à toutes.
Sœur Marie Augustine était accompagnée par une jeune orpheline, Isabelle BAUWENS, qui prit le nom de sœur Marie Sophie.
Elles arrivèrent en carriole et s'installèrent dans une humble demeure au toit de chaume et fondèrent "le petit couvent" qui était implanté face aux bâtiments actuels de la Visitation.
Développement.
Très vite, l'œuvre prit de l'extension. Dès 1837, le "petit couvent " comptait une trentaine de pensionnaires.
Un bâtiment plus vaste est construit. Le 11 janvier 1838, l'école prenait possession de ses nouveaux bâtiments… On n'avait pas grand chose à emporter : commencé à 4 heures, le déménagement fut terminé pour l'heure de la messe !
Dans un rapport de l'Administration Communale, adressé à Monsieur le Gouverneur du Hainaut, on peut lire : "Un nouvel établissement d'éducation vient de s'ériger en cette commune par les soins privés de religieuses et sous leur direction : il est destiné aux jeunes filles.
Un établissement manquait, non seulement à cette commune, mais au Canton de Celles…" et le rapport ajoute : "formant des voeux pour le développement de l'œuvre, nul doute qu'il devienne prospère et qu'il rende les plus grands services aux familles dont l'état de fortune ne permet pas d'aller chercher au dehors une éducation dispendieuse."
En 1840, suite à un accord avec le Conseil Communal, l'externat passe entre les mains de la Commune. Ce fut l'époque où la visitation, en sus de sa mission éducative, prit sa dimension sociale en relevant, comme d'autres congrégations religieuses, le défi représenté par les écoles officielles entretenues par l'Etat. Les écoles catholiques devaient faire face aux nouvelles exigences d'une société qui s'était mise à évoluer rapidement. Des besoins inconnus jusque là, se faisaient jour, suscitant l'apparition de structures également neuves, auxquelles les établissements existants devaient s'adapter s'ils voulaient vivre et se maintenir à la hauteur de l'idéal qu'ils s'étaient tracé.
En 1849, une école gratuite fonctionne pour les enfants pauvres.
Une école dominicale y est jointe – fréquentée par soixante enfants – et un atelier de dentellière, fréquenté par une vingtaine de filles.
En 1850, l'Administration Communale adopte l'école primaire. Cette reconnaissance par la Commune pose problème en 1879 pendant la période trouble de la lutte scolaire, mais après 1881, tout rentre dans l'ordre et l'école redevint communale en 1884. Les religieuses réintégrèrent leurs locaux au grand étonnement de la population.
En 1856, commence à s'élever la magnifique chapelle, aujourd'hui revendue, et qui fut bénite par le doyen Dubois, cinq jours avant sa mort, le 5 août 1859.
1881 marquera l'apparition du Juvénat pour garçonnets de 6 à 12 ans.
Et les Sœurs rachètent, en 1903, une ferme qui avait pour nom : "Ferme du Malin". Une école ménagère ouvre ses portes en 1905. Deux années plus tard, les Sœurs créent le "Cercle des Fermières" qui rassemblait les agricultrices du coin souhaitant avoir une réflexion chrétienne sur leur vie quotidienne. Elles étaient cent cinquante en 1911.
En 1906, des cours de coupe, de commerce et de comptabilité viennent s'ajouter à la panoplie déjà proposée.
En 1911, s'ouvre l'école normale pour institutrices primaires; section dont le rayonnement s'est étendu bien au-delà des limites de la région. L'impulsion donnée au pensionnat dès 1866 avait permis d préparer les jeunes filles qui le désiraient à passer l'examen d'institutrices primaires devant le jury central organisé par l'Etat. Le succès rencontré fut un précieux encouragement à s'engager dans cette nouvelle voie. On étudie longuement le projet qui concernait cette école normale. Les avis pressants et judicieux, les conseils de personnalités éminentes finirent par convaincre les supérieures. L'année scolaire 1911-1912 fut la première à recevoir l'inspection des autorités compétentes. Mais, trois années durant, la reconnaissance officielle fut postposée. A telle enseigne que, lorsqu'éclata la première guerre mondiale en août 1914, l'école n'avait pas encore reçu l'acte légale d'agréation définitive. On aurait pu croire, à ce moment, que l'école était mal partie; c'était compter sans la détermination de la congrégation qui, comme le roseau de la fable qui ne rompt pas, poursuivit ses démarches et obtint, en juin 1915, l'agréation tant attendue. Les diplômes délivrés en 1917 et 1918 furent légalement entérinés.
M. Harmignies ratifié l'acte d'agréation et entérina l'homologation des diplômes délivrés jusque là.
Les locaux provisoires étaient devenus trop exigus : les supérieures de la Visitation firent construire de plus grands bâtiments. Cette école normale prit par la suite une ampleur dont on peut, aujourd'hui encore, mesurer l'envergure à travers les liens puissants qui lient les anciennes de la Visitation.
C'est le 29 juillet 1925 que Monseigneur Rasneur, évêque de Tournai, fit l'inauguration officielle des nouveaux locaux de l'école normale, apportant à l'œuvre sa paternelle bénédiction.
Il est à noter qu'en 1914-1918, le Couvent a hébergé la population de quelques villages du Nord de la France, notamment du Quesnoy-dn-Deûle.
Tout au long de cette longue et pénible période, les sœurs ont été solidaires de ceux qui étaient, chez nous, les plus éprouvés.
1938 : l'école ménagère devient "Section Mater Admirabilis". Elle occupe le rez-de-chaussée et le premier étage du bâtiment de l'école normale qui, elle, a ses classes et ses dortoirs aux second et troisième étages.
Le 5 novembre 1938, c'est l'installation de la statue de "Mater Admirabilis" dans le hall d'entrée.
Aux premiers jours de la guerre 1940-45, la Maison est occupée par les allemands qui y installent un hôpital. De nombreux soldats y sont décédés.
Les corps étaient exposés à l'Oratoire avant d'être inhumés près de la Chapelle Notre-Dame de Lourdes. Durant cette période, les Sœurs de la Visitation ont accueilli les sœurs de Charité de Tournai, accompagnées de leurs malades.
Elles acceptèrent aussi, avec les dangers que cela comporte, de cacher chez elles un jeune Cellois qui avait refusé d'aller travailler en Allemagne; les aînés savent également que les religieuses n'ont pas manqué de soutenir les efforts faits par la population pour venir en aide aux prisonniers et aux familles en détresse. La salle des fête fut souvent mise à la disposition des groupements locaux pour y organiser des spectacles au profit des prisonniers.
La Résistance y trouve aussi aide et appui.
En 1956, à la demande de l'évêque de Tournai, la visitation de Celles fusionna avec la congrégation des Sœurs de Saint François de Sales de Leuze.
Désormais, la congrégation serait celle des "Sœurs salésiennes de la Visitation". Conséquence de cette fusion : le départ de l'école normale primaire à Leuze.
C'est ainsi que la chère maison de Celles a vécu bien des changements !
Le Noviciat l'a quittée pour s'établir à Châtelineau, au cœur d'un quartier populaire, la section moyenne a été l'objet de la rationalisation de l'enseignement secondaire, le juvénat "la douce volière", comme chantaient les garçons, a perdu sa raison d'être. L'école d'éducatrices, née à Celles en 1955, s'est installée à Liège dès 1957, pour devenir le Centre de Formation Educationnelle et Logopédique – Enseignement Supérieur Pédagogique : réponse aux besoins des jeunes d'aujourd'hui. Quant à l'école normale gardienne, venue d'Ath en 1963; elle a rejoint l'école normale primaire à Leuze en 1973.